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Et si vous rendiez votre patient acteur de sa santé ?

La démarche d’ETP trouve son origine dans un projet mis en place par le médecin Leona Miller en 1972. En concevant et en déployant une approche pédagogique à destination de patients diabétiques de quartiers défavorisés de Los Angeles, elle parvint à réduire de manière significative les complications et les risques liés à la maladie.

L’objectif de l’ETP : impliquer le patient

L’éducation thérapeutique vise à aider les patients à acquérir ou maintenir les compétences dont ils ont besoin pour gérer au mieux leur vie avec une maladie chronique. Ainsi, pour rendre le patient acteur et partenaire de sa prise en charge globale, il faut l’encourager à adhérer à son traitement et en lui donnant les moyens de mieux vivre avec sa maladie chronique et d’améliorer sa qualité de vie.

Dans le contexte institutionnel français, l’ETP est reconnue comme une discipline de santé publique à part entière, devant impliquer l’ensemble des professionnels de santé, préalablement formés à cette approche. Les Agences Régionales de Santé (ARS) soutiennent de nombreux programmes d’éducation thérapeutique, notamment pour le diabète. Ces programmes répondent à un cahier des charges dont l’un des prérequis est la formation des soignants qui suivent des malades chroniques par des sessions reconnues et diplômantes de 40 heures.

L’ETP chez les chirurgiens-dentistes

L’ETP est une démarche qui favorise la pluridisciplinarité et les échanges interprofessionnels. Mais à ce jour, les chirurgiens-dentistes en sont encore écartés, alors même que l’on sait que des maladies telles que l’anorexie, l’obésité, le diabète, ont des incidences sur la santé bucco-dentaire et nécessitent un suivi personnalisé. Par exemple, la fréquence et la sévérité des parodontites sont plus importantes chez les patients diabétiques que chez les non-diabétiques.

On sait par ailleurs, que la santé bucco-dentaire et certaines maladies de la bouche peuvent avoir des répercussions sur la santé générale du patient et aggraver certaines maladies chroniques. Ainsi, le traitement non chirurgical des maladies parodontales est susceptible de faire diminuer le taux d’hémoglobine glyquée et donc de limiter les complications des patients diabétiques.

Il est donc urgent que les chirurgiens-dentistes s’initient à l’approche de l’ETP, se sentent légitime dans le cadre de cette démarche et y prennent toute leur place en tant que maillon de la chaîne de santé globale et de l’accompagnement des malades chroniques.

Actuellement les pratiques de nombreux chirurgiens-dentiste relèvent essentiellement du curatif, avec un fort taux de récidives des pathologies et parfois des échecs thérapeutiques. Pourtant, des études internationales montrent que lorsqu’un praticien accorde 2 minutes supplémentaires et une écoute active à un patient, il obtient de bien meilleurs résultats en termes d’observance du traitement et d’implication du patient. Ainsi, la question de la motivation du patient reste entière et l’Education Thérapeutique du Patient (ETP) apparaît comme un véritable outil à la disposition des soignants. L’ETP, discipline récente, vise à « accompagner les patients atteints de maladies chroniques et leur entourage, pour mieux comprendre leur maladie, ses conséquences ainsi que leur traitement afin d’améliorer leur qualité de vie ». L’objectif n’est pas de modifier les actes cliniques mais de recentrer la prise en charge du patient autour de ses besoins. Il s’agit de renforcer les qualités de communication du professionnel autour de la dimension éducative et relationnelle avec le patient. L’ETP est intégrée aux soins. Au fauteuil, le chirurgien-dentiste peut consacrer quelques minutes supplémentaires à évaluer la compréhension du patient quant aux signes d’alerte de sa maladie et aux comportements à adopter.

Dans sa pratique, le chirurgien-dentiste doit devenir un soignant-éducateur, et associer un temps à l’éducation de son patient et l’implication de celui-ci dans son traitement. Une démarche éducative qui va du recueil des besoins du patient, tant sur le plan bioclinique que psychosocial, à la motivation au brossage et à l’hygiène diététique. «La finalité, c’est de parvenir à négocier et fixer avec le patient des objectifs communs de soins, notamment au travers d’entretiens courts tels que le propose le diagnostic éducatif. Pour le patient (et son entourage), c’est là un enjeu d’efficacité des soins qui est visé, d’acceptation de sa maladie et plus généralement d’amélioration de sa qualité de vie. Pour le praticien, c’est la pérennité du traitement préconisé qui doit être assurée par ce biais, ainsi qu’un moyen d’éviter la passivité, voire l’agressivité dans certains cas, de son patient.»

Les assistant(e)s dentaires également concernées

L’assistant(e) dentaire étant un relais des informations apportées par le chirurgien-dentiste, et à ce titre, a un rôle à jouer dans le dispositif d’ETP pour renforcer les actions d’écoute et d’éducation. Cela pourrait consister, par exemple, jusqu’à réunir des groupes de patients aux problématiques communes autour de séances éducatives collectives ciblées sur des objectifs précis.

L’UFSBD met en place une formation ETP

Réparti sur 14 heures, le module « Initiation à l’Éducation Thérapeutique du Patient » est une première approche des concepts et méthodes de l’ETP, destinée aux chirurgiens-dentistes et à leurs assistantes dentaires. Entre autres objectifs, il vise à développer chez les participants leur posture éducative et à leur donner les moyens de mettre en place une action éducative personnalisée, intégrée au soin du patient au fauteuil. Il est aussi conçu pour sensibiliser et motiver les chirurgiens-dentistes à suivre un module complémentaire pour aboutir a une formation diplômante reconnue de 40 heures.

L’éducation à l’hygiène orale se décompose en deux temps:

1°) l’enseignement avec l’information, l’explication de la maladie et l’enseignement des méthodes de brossage (EHO)

2°) la motivation avec l’observance des conseils.

L’ENSEIGNEMENT

La méthode la plus couramment employée pour l’EHO est celle du « tell, show, do» (dire, montrer, faire).

Tell

L’explication de l’état de santé vs malade passe par sa définition et sa description dans des termes simples: gencive rose, non saignante de consistance ferme. Des dents propres avec un émail régulier sans coloration, atteinte carieuse qui attaque la dent pouvant toucher le nerf et entraîner des douleurs, saignement de la gencive, aspect violacé, récessions, mobilité… L’importance de la santé bucco-dentaire doit être soulignée, notamment l’impact sur la santé générale et en particulier chez la femme enceinte, les patients diabétiques ou porteurs de pathologies cardio-vasculaires… Le patient doit ainsi comprendre qu’il est fragile et que son hygiène orale doit être la plus efficace possible.

Pour gérer au mieux le temps de l’annonce, il est conseillé de :

– se mettre dans des conditions matérielles appropriées (lieu calme et confidentiel, temps suffisant, à hauteur du patient…)

– annoncer graduellement avec des mots simples et empathiques, savoir répéter

– écouter le patient de façon active à chaque étape, l’inciter à poser des questions…

On peut s’aider de fiches explicatives, de dessins ou de films pour appuyer les propos.

Show

Pour faire prendre conscience de la pathologie, il est important de montrer aux patients :

– les signes cliniques marquants (saignements, suppuration, mobilités, récessions, ouverture des espaces interdentaires, cavité carieuse, sillon infiltré…). On peut utiliser un miroir, une caméra intrabuccale, du révélateur de plaque, une caméra Led à fluorescence.

– les signes radiographiques (carie ou perte osseuse)

– l’étiologie principale : la plaque dentaire, qui mature et se transforme en tartre. Prendre une sonde parodontale, la passer sur une dent et montrer le prélèvement au patient. Lui faire comprendre que la plaque peut être retirée avec un bon brossage.

Il est important, à la fin de la démonstration, d’individualiser une ordonnance avec la prescription de matériel d’hygiène adapté à l’âge et la pathologie du patient qu’il rapportera à la séance suivante pour contrôler son utilisation

Do

La technique de brossage doit être enseignée par le praticien sur modèle pédagogique puis en bouche. Le patient doit ensuite la mettre en application devant lui afin de le corriger et de valider ce qui est acquis. Il faut veiller à prodiguer des encouragements positifs tout en renforçant la technique du patient. Cet enseignement se fait en général au cours d’une deuxième séance qui suit l’annonce et la présentation de la maladie. On passera en revue :

– le type de brosse à dents (manuelle ou électrique, souple ou très souple, la taille de la tête, adaptée à l’âge)

– la méthode de brossage, la fréquence et la durée: elle doit désorganiser le biofilm bactérien sur toutes les surfaces dentaires en insistant particulièrement dans le sillon gingivo-dentaire et dans les espaces interdentaires

– recommander 2 brossages par jour pendant 2 minutes

– le dentifrice doit contenir du fluor. Peut être orienté en fonction de la maladie: spécial anticarie, parodontal…

– le nettoyage interdentaire : le fil dentaire, la brossette interdentaire

– le bain de bouche en usage quotidien ou thérapeutique

Cette séance d’apprentissage aux bons gestes d’hygiène orale doit être poursuivie (bien que souvent de façon plus courte) lors des séances suivantes et se prolonger par un accompagnement à la réduction, voire la disparition des facteurs aggravants: aide à l’arrêt du tabac, modification des habitudes alimentaires (plan PNN), ainsi que l’apport d’aides à l’autoévaluation (révélateur de plaque 1 fois/semaine, brosse à dents connectée indiquant les zones non brossées, fiche résumant les signes cliniques alarmants, rappel téléphonique pour les rendez-vous de maintenance…).

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