Mal être des étudiants en odontologie : l’UNECD s’alarme

Une enquête intitulée « votre bien-être, parlons-en » réalisée par l’UNECD sur les réseaux sociaux entre le 20 mai et le 4 juin dernier, et qui a recueilli les réponses de 44,63 % des étudiants, soit 3 146 réponses, dresse le constat d’un « mal-être alarmant » dans les facultés odontologie.

Un constat de mal-être alarmant

C’est « le stress » (39 %) qui arrive en tête des mots qui qualifient le mieux l’état d’esprit des étudiants, suivi cependant par « la satisfaction » (19 %), « l’enthousiasme » (18 %), mais aussi « la démotivation » (12 %), « l’indifférence » (5 %) et « le désespoir » (3 %). Pour 4 % des étudiants cependant, les études dentaires sont du bonheur.

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On retrouve également cet état de mal-être quand on voit que seulement 26,1% des étudiants déclarent n’avoir jamais pleuré à cause de leurs études, et que 14,88% affirment avoir déjà dû consulter un professionnel de la santé mentale.

Le quart des étudiants reconnaît avoir déjà eu recours à des stupéfiants ou des psychotropes pour leurs études.

Une nette dégradation que ce soit du bien-être physique et mental, ou de la vie sociale est visible dans cette étude. Il faut souligner que 63,4% des étudiants considèrent avoir dû arrêter ou diminuer leurs activités extrascolaires (activités sportives, activités culturelles, etc.) à cause de leurs études.

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La note de bien être donnée par les étudiants se situe à 5,7/10 en moyenne pour la faculté, légèrement plus élevé que pour le centre de soins ou elle atteint 4,97/10. La possibilité de redoublement est le phénomène qui impacte le plus le moral des étudiants à la fac. Cette crainte génère un stress des travaux notés. Mais les étudiants évoquent aussi un stress dû à la pression exercée sur la rapidité d’exécution des gestes, au manque d’explication ou encore à l’absence de barème connu.

Le stress des quotas cliniques

En centre de soins, ce sont les quotas cliniques qui engendrent le plus de stress car ils provoquent « une vraie pression sur les rendements, ne favorisent pas l’apprentissage et créent une sensation de devoir négliger les relations patient/praticien », relève l’étude.

La prise en charge des patients est aussi « souvent » à « très souvent », une source de stress pour 40 % des étudiants. La moitié des étudiants considèrent qu’ils manquent de préparation aux actes thérapeutiques et à la relation patient/praticien avant l’entrée en clinique.

L’enquête met enfin en lumière le fait que 843 étudiants ayant répondu ont été victimes ou témoins de sexisme à la faculté et 70 % des étudiants disent avoir été victimes ou témoins de dévalorisation ou d’infériorisation au centre de soins.

Dans la foulée de son étude, l’UNECD formule une série de 10 propositions « simples mais efficaces ».

1- La mise en place d’une écoute efficace des étudiants

L’UNECD souhaite que dans chaque faculté le bien-être étudiant devienne une des missions prioritaires d’un des vice-doyens. L’UNECD demande à ce que dans chaque faculté des réunions aient lieu, de façon bimestrielle au moins, avec les représentants étudiants, le doyen et le ou les chefs de service pour faire un état des lieux de ce qui pourrait être amélioré. Ces rendez-vous pourraient également être l’occasion de pouvoir repérer les étudiants ayant besoin d’aide et de discuter ensemble des solutions à leur proposer. Pour cela, il est nécessaire que ces personnes mais aussi les enseignants et le personnel soient formés au dépistage des signes de souffrance mentale. L’UNECD demande également à ce que soit envoyée par la scolarité, deux fois par an minimum, à tous les étudiants de la faculté, une fiche récapitulative avec :

– Les coordonnées des représentants étudiants ;

– Les coordonnées du vice-doyen en charge du bien-être étudiant ;

– L’adresse mail social@unecd.com du vice-président de l’UNECD en charge des affaires sociales ;

– Le numéro de téléphone et l’adresse du service de santé universitaire pour pouvoir prendre rendez-vous avec un psychologue si nécessaire ; en précisant bien que ces personnes sont là pour les écouter s’ils en ont besoin et pour trouver avec eux des solutions, sans jugement.

A terme, un lieu d’écoute pourrait être mis en place dans chaque faculté, ouvert à tous et garantissant la confidentialité. Le traumatisme post-PACES n’est pas à négliger, et une attention toute particulière devra être portée à ce sujet.

2- La fin du tabou des discriminations

L’UNECD demande à ce qu’à chaque rentrée les doyens et les chefs de service rappellent à tous les étudiants et au personnel que ni le sexisme ni aucune discrimination de tout type qu’elles soient ne sont acceptables et que les personnes en étant témoins ou victimes doivent le faire savoir. Chacun doit avoir connaissance de ses droits et de ses devoirs. Cela devra se faire en parallèle de la mise en place de véritables sanctions pour les personnes impliquées car tout établissement se doit de protéger ses étudiants.

3- Un changement du système de notation

L’UNECD demande à ce que, dans chaque faculté et dans chaque centre de soins, une réflexion soit lancée autour de la validation des acquis et des compétences. La notation systématique et parfois arbitraire a démontré un taux de stress trop élevé pour pouvoir perdurer plus longtemps. Il en est de même au centre de soins où les quotas quantitatifs atteignent leurs limites et ne sont pas toujours synonymes de la véritable acquisition d’une compétence. Plus largement, il est essentiel que les modalités de contrôle des connaissances soient correctement expliquées en début d’année à chaque promotion.

4- Une communication éclaircie sur le sujet du redoublement

Nous demandons à ce que chaque étudiant puisse avoir à sa disposition au cours de son année scolaire les éléments de suivi pédagogique lui permettant de se préparer à un potentiel redoublement. Trop de suspicions de « redoublements injustifiés » nous ont été faites dans cette enquête. Nous demandons donc à ce que deux élus UFR soient présents systématiquement lors des délibérations pour pouvoir s’assurer du bon fondement de celles-ci. Enfin, chaque étudiant redoublant doit pouvoir connaître les raisons de son redoublement.

5- Une formation à la pédagogie de tous les enseignants

L’UNECD demande à ce que soit mise en place une formation à la pédagogie, annuelle et obligatoire, pour tous les enseignants (que ce soit de la faculté ou du centre de soins). Il ne suffit pas d’être un professionnel compétent pour transmettre correctement ses compétences et trop d’étudiants font aujourd’hui ce constat négatif. Il est essentiel de s’emparer de ce problème car sans pédagogie il n’est pas possible d’apprendre correctement, d’autant plus pour un métier aussi manuel que celui de chirurgien-dentiste. Cette formation pourrait également permettre d’inciter les enseignants à développer des méthodes pédagogiques innovantes (comme la pédagogie inversée) à la faculté, encore peu utilisées dans les études d’odontologie et qui ont pourtant fait leurs preuves.

6- Une augmentation de l’encadrement au centre de soins

L’UNECD demande à ce que la conférence des chefs de service profite de la Stratégie de Transformation du Système de Santé, et sa volonté de créer un « CHU de demain », pour lancer un groupe de travail afin de trouver une méthode permettant d’augmenter le taux d’encadrement et d’optimiser le fonctionnement des centres de soins. Les étudiants se plaignent en effet d’un temps d’attente trop long après les enseignants alors que le patient est sur le fauteuil, et du peu de disponibilité de ceux-ci lorsqu’ils en ont besoin.

7- Une meilleure préparation des étudiants à la relation patient-praticien

Afin de permettre aux étudiants d’aborder sereinement la relation patient-praticien lors de leur arrivée en clinique, il est nécessaire de développer les enseignements à ce sujet en pré-clinique et de réaliser un meilleur accompagnement de chaque étudiant lors de sa première prise en charge ou lors d’une prise en charge difficile. Cela peut passer par plus de disponibilité des enseignants pour les nouveaux entrants en clinique ou par la mise en place systématique d’un tutorat des plus jeunes par des étudiants d’années supérieures. Il pourrait ainsi être intéressant de développer une formation au tutorat des étudiants afin que ceux-ci puissent accomplir pleinement leurs missions pédagogiques.

8- Une aide au maintien d’une bonne qualité de vie

L’UNECD demande à ce que les emplois du temps permettent à tous les étudiants d’avoir du temps à consacrer à une activité sportive ou culturelle, ou à pouvoir honorer les rendez-vous médicaux dont ils ont besoin. Il est primordial de réaliser une prévention efficace sur l’importance d’avoir une activité physique, sur le sommeil, sur l’alimentation, sur les comportements sexuels à risque ou encore sur les dangers de la consommation de stupéfiants, de tabac ou d’alcool. Un enseignement sur l’ergonomie permettrait également de prévenir l’apparition de douleurs musculo-squelettiques.

9- La mise en place de cours sur la gestion du stress

Le stress étant très présent parmi les étudiants en odontologie et les solutions proposées ci-dessus ne permettant pas de résoudre toutes les problématiques, nous demandons à ce qu’un enseignement sur la gestion du stress soit proposé dans chaque faculté. Une bonne gestion du stress pourrait ainsi permettre à l’étudiant d’aborder plus sereinement les diverses situations universitaires.

10-Une évaluation annuelle des mesures mises en place

L’UNECD souhaite pouvoir venir faire un point annuel avec les doyens et les chefs de service sur les mesures qui ont été mises en place dans chaque faculté et dans chaque centre de soins. Elle se réserve également le droit de pouvoir à nouveau réaliser une enquête nationale afin de pouvoir évaluer l’amélioration ou non du bien-être étudiant.