L’éducation personnalisée à l’hygiène orale (2ème partie)

LA MOTIVATION

Pour obtenir une bonne coopération du patient, il faut savoir le motiver. Pour cela, il convient, d’une part, de connaître les modèles ou théories de comportement de santé permettant de prévoir les habitudes des patients face au changement et, d’autre part, de s’aider de stratégies de santé pour aiguiller le changement.

Les théories de comportement de santé

Elles mettent en évidence les mécanismes par lesquels des variables sociales et cognitives peuvent influencer les comportements de santé.

Le Health Belief Model (Rosenstock, 1974)

Il repose sur le fait que chaque individu est capable de choisir des actions susceptibles de prévenir une maladie du fait qu’il possède des connaissances minimales en matière de santé et qu’il donne de l’importance à sa santé. Ce modèle met en évidence cinq variables qui influencent le comportement de santé: – la vulnérabilité (plus le patient se sent vulnérable face au problème de santé plus la probabilité d’adopter un changement est élevée); – la gravité (sentiment qui concerne la sévérité de la maladie) ; – les bénéfices (foi en l’efficacité des méthodes disponibles pour réduire la menace de la maladie); – les obstacles (les aspects physiques, psychologiques et financiers qui freinent le changement); – les inducteurs d’actions externes (recommandations du médecin, d’une infirmière, campagnes médiatiques…) ou internes (symptômes) qui donnent l’impulsion.

La théorie de l’action raisonnée (Alzen et Fishbein, 1975)

Cette théorie met en évidence l’importance que l’individu accorde à l’opinion des gens qui lui sont proches son aptitude à se conformer aux attentes d’autrui. Elle permet ainsi de comprendre en partie pourquoi certaines personnes, malgré toute leur bonne volonté de changer, continuent de suivre l’opinion générale ou, inversement, que sous l’influence d’un(e) conjoint(e), elles acceptent le changement.

Le modèle transthéorique (MTT) (Di Clémente et Prochaska 1982, 1985)

Le changement ne se fait pas en un acte isolé mais implique le passage d’une série de phases distinctes. Il est cyclique, continu et non définitif. Ce modèle considère un processus divisé en cinq phases :

– phase de précontemplation (la personne n’a pas remarqué qu’elle avait un problème, donc aucune volonté de changement, le rendez-vous a été pris par une personne extérieure);

– phase contemplative (le patient est sensibilisé et reconnaît qu’il a un problème, il pèse le pour et le contre);

– phase de préparation (la personne s’engage, fait des tentatives, en parle autour d’elle);

– phase d’action (modification du comportement, le changement devient réel et s’observe);

– phase de maintien (l’action se prolonge).

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Au-delà, on peut ajouter deux stades :

– la rechute: elle est possible et fait partie du processus normal du changement. Ce n’est pas une manifestation irréversible, elle peut être nécessaire à la réussite finale;

– la sortie permanente : elle marque la réussite finale du processus dans lequel la personne consolide le stade de maintien. Le comportement sain devient une habitude.

Les stratégies de motivation

Pour aider au changement et éviter les rechutes, des stratégies de motivation peuvent être utilisées par le praticien comme par exemple l’entretien motivationnel (Miller et Rollnick). Il s’agit d’une méthode menée au départ sur les patients diabétiques mais qui peut être utilisée en dentaire. Elle a pour but un dialogue centré sur le patient dans une atmosphère empathique et valorisante.

Les principes généraux de l’entretien motivationnel pour aider au changement sont :

– L’empathie: le praticien doit arriver à se mettre à la place d’autrui. Il doit toujours être du côté du malade, l’aider à exprimer ses demandes, ses doutes, ses inquiétudes. Le ton ne doit pas être affectif ou émotionnel mais empathique. Il ne doit pas être trop directif, trop expert, trop méprisant mais au contraire posé et assuré.

– Contourner les arguments défavorables, trouver les solutions pour le changement : faire un parallèle entre le comportement « idéal » à adopter et la situation actuelle. Si le patient pose des obstacles, trouver la solution.

– Pratiquer l’écoute réflective: elle se pratique par des répétitions, reformulations, paraphrases.

– Résumer: une récapitulation toutes les trois questions permet de ponctuer l’entretien, de mettre en évidence les éléments importants et de les faire réentendre.

– Valoriser, soutenir et encourager les efforts du malade dans sa capacité de changer et réussir : «Je pense que vous avez bien compris la technique de brossage et que vous êtes capable de la reproduire chez vous ».

– Poser des questions ouvertes (comment, de quelle manière…) qui obligent un exercice intellectuel et éviter les questions fermées (réponse oui ou non).

L’entretien motivationnel doit amener le patient à trouver les solutions guidé par le praticien. C’est une méthode sur plusieurs séances.