L’éducation personnalisée à l’hygiène orale (1ère partie)

Qu’elle soit préventive chez des patients à risques (diabétiques, fumeurs, mauvaises habitudes alimentaires…) ou thérapeutique pour des patients présentant une maladie bucco-dentaire, l’éducation à l’hygiène orale est indispensable pour permettre au patient d’assurer un bon contrôle de la plaque. Nous vous proposons dans cet article en 2 parties de découvrir les points clés nécessaires pour accompagner le patient et le transformer en un acteur responsable de sa bonne santé buccodentaire.

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L’éducation personnalisée à l’hygiène orale va permettre aux patients d’acquérir puis de maintenir dans la durée les compétences dont ils ont besoin pour gérer au mieux l’apparition, l’arrêt ou la récidive d’une maladie carieuse ou parodontale. Point de départ de la relation patient-praticien, elle contribue au succès d’un traitement préventif ou curatif. Mettre en place une communication simple pour évoquer la maladie, ses risques, ses solutions nécessite de bien choisir les mots, les attitudes et les outils. Avoir quelques notions sur les concepts psychologiques relatifs à la santé aide à se faire comprendre, motiver et accompagner le patient pour des changements durables.

L’éducation à l’hygiène orale se décompose en deux temps:

1°) l’enseignement avec l’information, l’explication de la maladie et l’enseignement des méthodes de brossage (EHO)

2°) la motivation avec l’observance des conseils.

L’ENSEIGNEMENT

La méthode la plus couramment employée pour l’EHO est celle du « tell, show, do» (dire, montrer, faire).

Tell

L’explication de l’état de santé vs malade passe par sa définition et sa description dans des termes simples: gencive rose, non saignante de consistance ferme. Des dents propres avec un émail régulier sans coloration, atteinte carieuse qui attaque la dent pouvant toucher le nerf et entraîner des douleurs, saignement de la gencive, aspect violacé, récessions, mobilité… L’importance de la santé bucco-dentaire doit être soulignée, notamment l’impact sur la santé générale et en particulier chez la femme enceinte, les patients diabétiques ou porteurs de pathologies cardio-vasculaires… Le patient doit ainsi comprendre qu’il est fragile et que son hygiène orale doit être la plus efficace possible.

Pour gérer au mieux le temps de l’annonce, il est conseillé de :

– se mettre dans des conditions matérielles appropriées (lieu calme et confidentiel, temps suffisant, à hauteur du patient…)

– annoncer graduellement avec des mots simples et empathiques, savoir répéter

– écouter le patient de façon active à chaque étape, l’inciter à poser des questions…

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On peut s’aider de fiches explicatives, de dessins ou de films pour appuyer les propos.

Show

Pour faire prendre conscience de la pathologie, il est important de montrer aux patients :

– les signes cliniques marquants (saignements, suppuration, mobilités, récessions, ouverture des espaces interdentaires, cavité carieuse, sillon infiltré…). On peut utiliser un miroir, une caméra intrabuccale, du révélateur de plaque, une caméra Led à fluorescence.

– les signes radiographiques (carie ou perte osseuse)

– l’étiologie principale : la plaque dentaire, qui mature et se transforme en tartre. Prendre une sonde parodontale, la passer sur une dent et montrer le prélèvement au patient. Lui faire comprendre que la plaque peut être retirée avec un bon brossage.

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Il est important, à la fin de la démonstration, d’individualiser une ordonnance avec la prescription de matériel d’hygiène adapté à l’âge et la pathologie du patient qu’il rapportera à la séance suivante pour contrôler son utilisation

Do

La technique de brossage doit être enseignée par le praticien sur modèle pédagogique puis en bouche. Le patient doit ensuite la mettre en application devant lui afin de le corriger et de valider ce qui est acquis. Il faut veiller à prodiguer des encouragements positifs tout en renforçant la technique du patient. Cet enseignement se fait en général au cours d’une deuxième séance qui suit l’annonce et la présentation de la maladie. On passera en revue :

– le type de brosse à dents (manuelle ou électrique, souple ou très souple, la taille de la tête, adaptée à l’âge)

– la méthode de brossage, la fréquence et la durée: elle doit désorganiser le biofilm bactérien sur toutes les surfaces dentaires en insistant particulièrement dans le sillon gingivo-dentaire et dans les espaces interdentaires

– recommander 2 brossages par jour pendant 2 minutes

– le dentifrice doit contenir du fluor. Peut être orienté en fonction de la maladie: spécial anticarie, parodontal…

– le nettoyage interdentaire: le fil dentaire, la brossette interdentaire

– le bain de bouche en usage quotidien ou thérapeutique

 

Cette séance d’apprentissage aux bons gestes d’hygiène orale doit être poursuivie (bien que souvent de façon plus courte) lors des séances suivantes et se prolonger par un accompagnement à la réduction, voire la disparition des facteurs aggravants: aide à l’arrêt du tabac, modification des habitudes alimentaires (plan PNN), ainsi que l’apport d’aides à l’autoévaluation (révélateur de plaque 1 fois/semaine, brosse à dents connectée indiquant les zones non brossées, fiche résumant les signes cliniques alarmants, rappel téléphonique pour les rendez-vous de maintenance…).

La suite dans un prochain article.