Les enjeux de la prévention dentaire : l’interview croisée

Depuis plusieurs années, des experts en économie de la santé s’accordent sur le fait qu’il ne peut y avoir de système de santé durable sans une stratégie de prévention accessible à tous, notamment dans le domaine de la santé orale. Interview croisée des présidents de syndicats de chirurgiens-dentistes représentatifs, Catherine Mojaïsky, CNSD, Patrick Solera, FSDL et Philippe Denoyelle, UD.

Partagez-vous cette vision selon laquelle il ne peut y avoir de système de santé durable sans une stratégie de prévention accessible à tous ?

Catherine MojaïskyCatherine Mojaïsky : Bien sûr. La CNSD a toujours défendu une politique de prévention. Par ses signatures, elle a permis l’intégration conventionnelle des différents examens de prévention (enfants, adolescents et femmes enceintes). Les expérimentations menées avec la MSA  ont aussi favorisée l’inscription à la nomenclature des scellements de sillons. D’autres expérimentations avec la MFP ont introduit une démarche prévention pour la femme enceinte ou la maladie parodontale. Avec Prévadiès, c’est le très jeune enfant, qui a été ciblé. Enfin, dans ses propositions « Statégie nationale de santé », la CNSD a défendu le rôle du chirurgien-dentiste dans le sevrage tabagique (acté dans la loi de modernisation de notre système de santé), et a également proposé de nombreuses pistes pour me!re la prévention bucco-dentaire au coeur du système de santé.


Patrick SoleraPatrick Solera : La prévention dentaire en France n’est pas développée comme dans certains pays nordiques, car nos politiques n’ont aucune vision à long terme de la santé bucco-dentaire et de ce fait, n’ont jamais investi dans un véritable programme stratégique de prévention digne de ce nom. Parler de campagne de prévention efficace alors que 70 % des patients entre 9 ans et 18 ans n’entrent pas dans le cadre du BBD (bilan bucco-dentaire) mis en place par notre ministre de la Santé est absurde. Nous sommes depuis des années dans un mode de fonctionnement qui tient plus du dépistage que d’une réelle prévention. Même si l’indice carieux a diminué, rien n’est fait pour stopper ou enrayer les maladies parodontales, qui alignent 80 % de la population française. De même, stopper le BBD à partir de 18 ans, alors que c’est à partir de cet âge d’entrée dans la vie d’adulte que la surveillance doit être accrue, est une hérésie. Il faut également RESPONSABILISER nos patients via une politique de prévention bucco-dentaire à la hauteur des enjeux de santé publique de demain.


Philippe DenoyerPhilippe Denoyelle : Membre fondateur de l’UFSBD, notre organisation a toujours milité en faveur de la primauté effective de la prévention dans la définition de toute politique de santé bucco-dentaire. En dénonçant depuis longtemps la valorisation de l’échec thérapeutique au détriment de la prévention et des soins précoces, et en faisant de ces derniers l’axe principal de son projet de renouveau conventionnel, l’Union dentaire vise deux objectifs : améliorer l’état de santé bucco-dentaire de nos concitoyens et permettre à nos cabinets d’assurer dans la sécurité la mutation qui valorisera leur mission au sein de la médecine dentaire.

L’UFSBD vous a transmis ses propositions pour la prise en compte de nouveaux actes et pratiques de prévention ; quelles sont les mesures qui retiennent votre attention ?

Philippe Denoyelle : Nous sommes favorables à un élargissement des mesures existantes afin de parvenir à un étagement des différents actes à des âges clés et garantir ainsi l’efficacité d’une démarche de prévention. L’Union dentaire préconise d’ajouter au dispositif actuel des examens systématiques aux âges de 21, 24 et 65 ans, ainsi que lors d’une entrée en Ehpad. L’inscription de ces actes serait un signe très positif en faveur de la prévention, mais le succès ne sera au rendez-vous que lorsque le patient sera devenu acteur de sa propre santé : les résultats de l’EBD (examen bucco-dentaire) montrent qu’une prise en charge à 100% des examens de prévention ne suffisent pas à mobiliser pleinement les familles et les jeunes patients. Le dispositif d’incitation préconisé par l’Union dentaire dans le cadre du suivi régulier des soins peut apporter une réponse pertinente à ce problème.

Catherine Mojaïsky : Toutes les propositions de l’UFSBD sont intéressantes et nous les partageons. Mais toutes ne sont pas conventionnelles. Les enquêtes épidémiologiques pourraient entrer dans les missions des URPS : c’est un projet auquel nous travaillons. Pour ce qui concerne les nouveaux actes ou les majorations pour les populations à besoins spécifiques, ils figurent déjà en partie dans nos demandes.

Patrick Solera : Toutes les propositions qui concernent la prévention des maladies parodontales et celles touchant les personnes « dépendantes ».